
À travers un spectacle de slam-poésie organisé le 5 novembre 2026 à Conakry, l’Organisation guinéenne de lutte contre la migration irrégulière (OGLMI), en collaboration avec le Club de Slam Au Village, a choisi l’art comme moyen de sensibilisation contre la traite des personnes. Placée sous le thème « YIGUITHÈGUÈ – LA TRAITE DES PERSONNES », cette rencontre artistique et citoyenne a réuni étudiants, acteurs de la société civile, autorités et jeunes autour d’un combat qui interpelle toute la société.
Les mots, les rythmes et les textes engagés ont constitué le fil conducteur de cette soirée de sensibilisation. À travers leurs prestations, les slameurs ont mis en lumière les différentes formes de traite des personnes, ses conséquences sur les victimes ainsi que les mécanismes d’exploitation qui touchent particulièrement les jeunes.
Pour Elhadji Mohamed Diallo, président de l’OGLMI, le recours au slam répond à une volonté de toucher un public plus large, notamment la jeunesse estudiantine et les communautés.
« Ce n’est pas la première fois que nous organisons ce spectacle, c’est la deuxième édition. Parce qu’on a constaté que le slam véhicule le message, touche les cœurs. Donc, nous avons estimé qu’il faut aller aussi avec les jeunes slameurs, parce que là, vous touchez les étudiants, vous touchez les encadreurs, vous touchez en fait une large communauté pour permettre vraiment d’atteindre la cible », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette démarche repose sur trois niveaux de sensibilisation : les autorités et les partenaires, les étudiants et, plus largement, les communautés. Il estime que cette approche permet de mieux faire comprendre un phénomène qui reste parfois méconnu dans ses manifestations quotidiennes.
Abordant les stratégies de lutte, le président de l’OGLMI a insisté sur la nécessité de combiner information, répression, sanctions et accompagnement des victimes. Il rappelle notamment que la traite des personnes ne se limite pas aux déplacements vers l’étranger.
« Parce que la traite, c’est dans nos foyers, nous-mêmes. La traite est là, au niveau transnational et au niveau international. Mais la traite commence chez nous, dans nos maisons », a-t-il souligné, avant d’inviter les médias, les institutions, l’État et les communautés à unir leurs efforts.

Sur le plan artistique, Diakité Mamadou, coach formateur en art oratoire et en slam, également artiste slameur et ingénieur chimiste de formation, a attiré l’attention sur une autre dimension de l’exploitation humaine : celle qui peut toucher les jeunes artistes en Guinée.
Pour lui, la traite ne concerne pas uniquement l’immigration irrégulière ou les réseaux qui organisent les départs vers l’étranger. Elle peut également se manifester à travers l’exploitation du travail et des œuvres artistiques.
« Il y a des gens qui te prennent, ils te mettent sur des projets, mais derrière, profitent de ton travail, profitent de ton œuvre. Surtout les artistes en Guinée », a-t-il dénoncé.
À travers son intervention, il a lancé un appel à la vigilance aux jeunes, particulièrement ceux qui nourrissent de grandes ambitions professionnelles ou rêvent de réussir rapidement. Il les invite à faire preuve de patience, à construire leurs propres opportunités et à ne pas se laisser séduire par des propositions trompeuses.
« Toutes les opportunités ne sont pas à saisir, d’autres sont déguisées », a-t-il averti, avant de rappeler que « tous les cadeaux ne sont pas des cadeaux, il y en a d’autres qui sont empoisonnés ».

Président du comité national de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées, Camara Aboubakar Sidiki a, pour sa part, salué l’engagement des organisations de la société civile dans cette lutte. Il a rappelé que la prévention constitue un axe essentiel du plan d’action du comité national.
« La lutte contre la traite des personnes n’engage pas que les structures de l’État. Les organisations de la société civile constituent aussi un maillon très fort dans les efforts de lutte contre la traite des personnes », a-t-il déclaré.
Il a également souligné l’importance du choix du milieu universitaire pour cette campagne de sensibilisation, estimant que les étudiants, futurs cadres et dirigeants du pays, doivent être suffisamment informés sur les différentes formes de traite et leur rôle dans la prévention.
« Il faudrait bien que ces actions puissent se multiplier et qu’on puisse démultiplier ces actions au niveau d’autres institutions d’enseignement supérieur pour que nos étudiants puissent comprendre toutes les formes de manifestation de la traite », a-t-il plaidé.
Au-delà de cette deuxième édition, les organisateurs ambitionnent de pérenniser l’initiative et de l’étendre progressivement aux différentes régions administratives du pays, à travers des spectacles itinérants et des activités de formation.

Cette soirée aura ainsi rappelé que la lutte contre la traite des personnes ne relève pas uniquement des institutions judiciaires et sécuritaires. Elle nécessite également une mobilisation citoyenne, une meilleure information des populations et une vigilance collective. Dans cette dynamique, le slam s’affirme comme un outil d’expression et d’éducation au service de la dignité humaine.
Alpha Bah