Certaines œuvres littéraires traversent les générations parce qu’elles décrivent des réalités qui dépassent leur époque. Perpétue et l’habitude du malheur de Mongo Beti fait partie de ces romans qui interrogent la domination, l’injustice et la résignation. Sans confondre la fiction et la réalité, il est tentant d’y voir une métaphore de la situation politique, économique et sociale que traverse aujourd’hui la Guinée.
Dans cette lecture symbolique, la Guinée pourrait être assimilée à Perpétue : une terre riche en ressources naturelles, pleine de promesses, mais dont le destin semble trop souvent décidé par d’autres. Malgré son immense potentiel minier, agricole, énergétique et humain, le pays peine encore à transformer ces richesses en prospérité partagée. Les crises politiques successives, les difficultés économiques, le chômage des jeunes, le coût élevé de la vie et les inégalités nourrissent un sentiment de désillusion au sein de nombreux citoyens.
Le peuple guinéen, quant à lui, peut être comparé à la mère de Perpétue dans une lecture allégorique. Non pas parce qu’il serait responsable de son propre malheur, mais parce qu’il assiste parfois, souvent malgré lui, à la confiscation de ses espoirs. Les sacrifices consentis au fil des décennies n’ont pas toujours été récompensés par une amélioration durable des conditions de vie. Cette image traduit le sentiment d’une population qui voit son avenir continuellement compromis par des choix politiques, économiques ou institutionnels qui ne répondent pas pleinement à ses attentes.
La véritable question est alors de savoir si la Guinée est condamnée à « l’habitude du malheur » ou si elle peut rompre ce cycle. L’histoire enseigne qu’aucune nation n’est vouée à l’échec. Les réformes institutionnelles, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le respect de l’État de droit, l’investissement dans l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes constituent les véritables leviers d’un changement durable.
La Guinée dispose de tous les atouts nécessaires pour écrire une autre histoire. Son avenir dépendra de la capacité de ses dirigeants, de ses institutions, de sa société civile et de ses citoyens à faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers.
La littérature nous rappelle souvent que les peuples ne sont pas condamnés à reproduire éternellement les mêmes tragédies. À la Guinée de démontrer que l’habitude du malheur peut céder la place à la culture de l’espérance, de la responsabilité et du développement.
À méditer. Chacun a le devoir de changer les choses.
LAYE SOULEYMANE DIALLO







