Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle de Guinée, Mohamed Lamine Bangoura, s’est poursuivi ce lundi 9 mars 2026 devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), dans un dossier mêlant gestion financière et contestations administratives.
L’audience a été marquée par le rejet de la demande de liberté provisoire de Mohamed Lamine Bangoura et par une décision clé : la CRIEF a ordonné la production des relevés bancaires de la Cour constitutionnelle. Ces documents, couvrant la période d’octobre 2018 à septembre 2022, devront être transmis par le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). Parallèlement, la Cour a demandé à la United Bank for Africa (UBA) de fournir les relevés du compte de Sidiki Sylla depuis sa création.
Débat sur les documents administratifs et les rémunérations
L’avocate de la deuxième partie civile, représentant Lancinet Kanko Kourouma, a interrogé Mohamed Lamine Bangoura sur plusieurs documents administratifs, notamment des arrêtés de 2015 portant nomination de greffiers et une ordonnance de 2017 fixant salaires, primes et indemnités du personnel.
Mohamed Lamine Bangoura a reconnu l’existence de certains textes mais a contesté l’authenticité d’autres documents et affirmé que l’ordonnance de 2017 n’avait jamais été appliquée par les services financiers. Selon la partie civile, cette ordonnance prévoyait un salaire d’environ 16,5 millions de francs guinéens pour les greffiers, alors que l’ancien président a soutenu que leur rémunération ne dépassait pas 4 millions de francs guinéens.
L’ex-président a également précisé sa relation professionnelle avec Lancinet Kanko Kourouma depuis 2015, affirmant que ce dernier n’avait jamais été officiellement nommé greffier en chef titulaire, faute d’un arrêté du ministère de la Justice. Il aurait seulement assuré l’intérim après le décès du titulaire.
Gestion financière et revenus de Mohamed Lamine Bangoura
Interrogé sur la gestion financière de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura a rejeté les accusations de détournement, estimant que les fonds de l’institution n’étaient pas directement sous sa responsabilité : « Le détournement était pratiquement impossible », a-t-il déclaré.
Il a également détaillé ses revenus lorsqu’il dirigeait la Cour constitutionnelle : un salaire mensuel de 75 millions de francs guinéens, une prime mensuelle de 20 millions, un revenu universitaire d’environ 9 millions, et une subvention de fonctionnement de 150 millions de francs guinéens, versée quatre fois par an.
Liberté provisoire et prochaine audience
Détenu depuis le 15 décembre 2022, Mohamed Lamine Bangoura a renouvelé sa demande de liberté provisoire, citant les nombreux reports du procès : « Chaque fois report. Acceptez qu’on me libère, ne serait-ce qu’une liberté provisoire. J’ai bénéficié de 4 libertés provisoires, aucune n’a prospéré. »
Le ministère public s’est opposé à cette requête, invoquant la gravité des faits reprochés. La chambre de jugement de la CRIEF a rejeté la demande de libération provisoire.
Le procès est renvoyé au 18 mars 2026 pour la poursuite des débats et la production des pièces bancaires.
Sékou Nesta pour regardguinee.org







