À l’occasion de la remise officielle d’ouvrages et d’équipements offerts par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à onze bibliothèques publiques et Centres de lecture publique et d’animation culturelle (CLPAC), le vendredi 16 octobre 2026, à Dubréka, le directeur général du Centre de lecture publique et d’animation culturelle (CELPAC), Bernard Pévé Beavogui, s’est confié en exclusivité à la rédaction de regarguinee.org.
Dans cet entretien, il revient sur la portée de ce don évalué à plus de 3,6 milliards de francs guinéens, le rôle fondamental de la lecture dans la formation de la jeunesse et la place du livre dans le développement de la Guinée.
Regardguinee.org : Monsieur le Directeur général, le 16 octobre 2026 marque une étape importante pour les bibliothèques publiques et les Centres de lecture publique et d’animation culturelle. Quel est le sens de cette cérémonie de remise officielle d’ouvrages et d’équipements organisée à Dubréka ?
Bernard Pévé Beavogui : Le 16 octobre 2026 est un jour mémorable pour les Centres de lecture publique et d’animation culturelle (CLPAC), mais également pour les bibliothèques de lecture publique et, au-delà, pour la culture guinéenne.
Cette cérémonie marque l’aboutissement d’un long processus à travers lequel l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) accompagne les efforts de l’État guinéen en faveur de la lecture publique.
Cette année, l’OIF a offert à la Guinée un important lot de livres, de tablettes numériques, d’ordinateurs portables, de systèmes de sonorisation et d’écrans destinés à renforcer les capacités de nos structures documentaires et culturelles.
Au total, onze établissements ont bénéficié de cet appui. Il s’agit des bibliothèques de lecture publique de Faranah, de N’Zérékoré et de Labé, ainsi que des CLPAC de Coyah, de Dubréka, de Boffa, de Yomou, de Pita, de Tougué, de Gaoual et de Koundara.
Le don représente une valeur estimée à plus de 3,6 milliards de francs guinéens. Il était donc important de marquer cette étape et de célébrer cet engagement en faveur du livre et de la lecture.
Le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a effectué le déplacement au nom de l’État guinéen pour témoigner sa reconnaissance à l’OIF. La représentante de l’organisation pour l’Afrique de l’Ouest a également tenu à être présente pour cette remise officielle, traduisant ainsi l’importance accordée aux progrès réalisés par la Guinée dans le domaine du livre et de la lecture publique.
La cérémonie a été rehaussée par un spectacle à la hauteur de l’événement, qui a honoré Dubréka et l’ensemble du pays. Les élèves des collèges et lycées, ainsi que des étudiants, y ont pris part. Ce choix n’est pas anodin : environ 60 % des usagers de nos bibliothèques sont des élèves. La jeunesse constitue donc le cœur de notre action.
Regardguinee.org: Au-delà de ces équipements, quel rôle la lecture joue-t-elle dans la formation intellectuelle et citoyenne de la nouvelle génération ?
Bernard Pévé Beavogui : On ne saurait mieux le dire : la lecture est la médecine de l’âme et la sève nourricière du cerveau. Elle est un élément central du développement humain.
Lorsqu’on parle de développement, on évoque souvent les bâtiments, les routes et les hôpitaux. Mais derrière toutes ces réalisations, il y a d’abord le capital humain. Sans des femmes et des hommes bien formés, aucune infrastructure ne peut pleinement remplir sa mission.
Si les professionnels de la santé sont mal formés, les conséquences peuvent être dramatiques. Si les enseignants ne disposent pas des connaissances nécessaires, la qualité de l’éducation en souffre. Il en va de même pour tous ceux qui participent à la construction de nos routes et de nos infrastructures.
Le livre contribue à la formation de ces femmes et de ces hommes. Il leur permet d’acquérir des connaissances, de développer leur esprit critique et de mieux répondre aux exigences de leur profession. La lecture est donc indispensable à la construction d’une société instruite, responsable et tournée vers l’avenir.
Regardguinee.org : Vous établissez un lien entre la lecture et le développement de la Guinée. En quoi le livre peut-il contribuer à la réalisation de la vision Simandou 2040 ?
Bernard Pévé Beavogui : Le développement durable d’un pays repose avant tout sur la qualité de ses ressources humaines. La vision Simandou 2040 ne saurait atteindre pleinement ses objectifs sans des citoyens bien formés, capables de comprendre les enjeux de leur époque et de contribuer efficacement à la transformation nationale.
Le livre est un instrument essentiel pour atteindre cet objectif. Il favorise l’apprentissage, stimule la réflexion et prépare les générations futures à assumer leurs responsabilités.
Nous avons également vu l’importance accordée aux écrivains à travers le Grand Prix littéraire du président de la République. En honorant les auteurs, le chef de l’État reconnaît leur rôle dans l’éveil des consciences et dans la construction intellectuelle de la nation.
Les écrivains sont, à mes yeux, des médecins de l’âme qui opèrent sans chirurgie. Ils interrogent la société, transmettent des valeurs et contribuent à faire évoluer les mentalités.
C’est pourquoi le livre doit occuper une place centrale dans toutes nos politiques de développement. Il est précieux, primordial et constitue, pour reprendre mon expression, le diamant du développement.
Regardguinee.org: Vous avez cité de grandes figures de la littérature française et guinéenne. Quel héritage les écrivains transmettent-ils à la société, particulièrement aux jeunes Guinéens ?
Bernard Pévé Beavogui : Lorsqu’on observe l’histoire de la France et de l’Europe, on constate que les livres et les grandes figures intellectuelles ont largement contribué à l’évolution des consciences et à la transmission des savoirs. Des auteurs comme Victor Hugo et Denis Diderot ont marqué leur époque et continuent d’influencer la pensée.
La Guinée possède également un patrimoine littéraire important. Des écrivains comme Camara Laye, Thierno Monénembo, Alioum Fantouré et Djibril Tamsir Niane ont participé à l’éveil des consciences et à la valorisation de notre identité culturelle.
Ces auteurs nous permettent de mieux comprendre notre histoire, nos traditions, nos réalités sociales et les défis auxquels notre pays est confronté.
Il est donc essentiel que les jeunes fréquentent davantage les bibliothèques, découvrent les auteurs guinéens et africains et développent le goût de la lecture dès leur plus jeune âge. Un jeune qui lit régulièrement enrichit son vocabulaire, améliore son expression, développe son imagination et acquiert une plus grande capacité d’analyse.
Nous devons faire du livre un compagnon quotidien de la jeunesse guinéenne.
Regardguinee.org : Malgré les efforts consentis, comment comptez-vous encourager davantage les jeunes à fréquenter les bibliothèques et à faire de la lecture une habitude ?
Bernard Pévé Beavogui : Nous devons d’abord faire des bibliothèques des espaces accueillants, accessibles et adaptés aux besoins des usagers. C’est précisément l’un des objectifs de notre collaboration avec l’OIF et de nos efforts pour améliorer les conditions de fonctionnement de ces structures.
Les équipements reçus, notamment les ordinateurs, les tablettes et les écrans, permettent de diversifier les activités et de rapprocher les jeunes des ressources documentaires et numériques.
Mais les équipements ne suffisent pas. Il faut également organiser des activités d’animation culturelle, des rencontres littéraires, des séances de lecture et des échanges avec les écrivains. Les élèves doivent comprendre que la bibliothèque n’est pas seulement un lieu où l’on vient consulter un livre pour préparer un examen. C’est aussi un espace de découverte, de créativité, de formation citoyenne et d’épanouissement personnel.
Nous devons enfin renforcer la collaboration avec les établissements scolaires, les enseignants, les parents et les acteurs culturels afin que la lecture trouve sa place aussi bien à l’école qu’au sein des familles.
Regardguinee.org : Vous avez souligné que la culture ne se limite pas à la musique, à la danse et aux spectacles. Quelle place le livre doit-il désormais occuper dans la politique culturelle guinéenne ?
Bernard Pévé Beavogui : Pendant longtemps, lorsqu’on parlait de culture, beaucoup pensaient essentiellement aux musiciens, aux chanteurs et aux danseurs. Les écrivains et les livres n’occupaient pas toujours la place qu’ils méritaient dans cette représentation.
Aujourd’hui, nous devons reconnaître que le livre est l’un des piliers fondamentaux de la culture. Il conserve la mémoire collective, transmet les connaissances, valorise les langues, raconte notre histoire et permet aux générations futures de comprendre leur identité.
Le livre est également présent dans toutes les autres disciplines culturelles. Il permet de documenter les traditions, de préserver les récits, de transmettre les savoir-faire et de faire connaître les œuvres de nos créateurs.
Nous saluons donc les efforts du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat pour accorder au livre et à la lecture publique une place plus importante dans la politique culturelle nationale.
Notre ambition est de faire des bibliothèques des lieux vivants, fréquentés et reconnus comme des espaces essentiels à l’éducation, à la culture et au développement.
regargardguinee.org : Quel message souhaitez-vous adresser à l’OIF, aux autorités guinéennes et à l’ensemble des partenaires qui contribuent au développement de la lecture publique ?
Bernard Pévé Beavogui : Nous adressons nos remerciements les plus sincères à l’Organisation internationale de la Francophonie pour ce geste mémorable en faveur du peuple de Guinée.
Nous remercions particulièrement Mme l’ambassadrice Tran, représentante de l’OIF pour l’Afrique de l’Ouest, pour sa présence et son engagement. Nous exprimons également notre reconnaissance à M. Agoso, à Mme Marie-Isabelle Bah ainsi qu’à toutes les personnes qui ont contribué, au fil des années, à la mise en place et au développement de nos centres de lecture depuis 1996.
Nous remercions très chaleureusement le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, M. Moïse Silla, pour l’attention accordée au livre et à la lecture publique.
Enfin, au sommet de nos remerciements, nous exprimons notre gratitude au président de la République, Son Excellence Mamadi Doumbouya, pour l’intérêt porté aux arts et aux lettres, à la rénovation de nos bibliothèques et à la reconnaissance du travail des écrivains.
Nous souhaitons que les bibliothèques deviennent des lieux de référence, où les citoyens peuvent se former, s’informer et développer leurs capacités intellectuelles.
Notre reconnaissance va également à tous les acteurs qui œuvrent pour que la lecture publique soit une réalité dans notre pays.
Regardguinee.org : Un dernier mot à l’endroit de la jeunesse guinéenne ?
Bernard Pévé Beavogui : Je voudrais dire à la jeunesse guinéenne que le livre est une richesse que personne ne peut lui enlever. Les biens matériels peuvent disparaître, mais les connaissances acquises par la lecture demeurent et peuvent transformer une vie.
J’invite donc chaque jeune à fréquenter les bibliothèques, à lire régulièrement et à cultiver sa curiosité. Il ne faut pas attendre d’être à l’université ou de préparer un concours pour ouvrir un livre. La lecture doit devenir une habitude quotidienne.
Une nation qui lit est une nation qui apprend, qui réfléchit et qui prépare son avenir. Si nous voulons construire une Guinée forte, instruite et prospère à l’horizon 2040, nous devons investir dans le capital humain et placer le livre au cœur de notre développement.
C’est sur cette conviction que je termine cet entretien, en renouvelant nos remerciements à tous nos partenaires.
Propos recueillis par Alpha Bah , pour regardguinee.org






