Le Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits humains ont lancé, ce lundi 6 juillet 2026 à Conakry, une formation de deux jours destinée aux journalistes guinéens sur la prévention des discours de haine et de l’incitation à la violence. Cette session, qui s’inscrit dans la continuité d’ateliers déjà organisés à l’intérieur du pays, doit déboucher sur la mise en place de huit comités régionaux de veille citoyenne chargés d’alerter rapidement sur les contenus susceptibles de menacer la cohésion sociale.
Organisée avec l’appui des partenaires onusiens, cette initiative vise à mieux outiller les professionnels des médias sur les questions liées aux droits humains, à la paix, à la cohésion sociale et à la responsabilité éditoriale dans un contexte marqué par la circulation rapide de messages sensibles sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques.
D’après les organisateurs, l’objectif central de cette session est de renforcer le rôle des journalistes dans la prévention des tensions sociales, tout en créant un mécanisme d’alerte précoce capable de signaler rapidement les dérives discursives à l’échelle nationale.
Prenant la parole à l’ouverture des travaux, le secrétaire général du SPPG, Sékou Jamal Pendessa, a rappelé que cette formation s’inscrit dans une dynamique déjà engagée dans plusieurs régions du pays. « Notre structure syndicale, avec des partenaires du PNUD, de l’UNICEF, du PBF et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, a fait le tour du pays en organisant des ateliers régionaux à l’intention des journalistes sur les discours de haine. Le SPPG exprime une fois encore son attachement à la paix et à la cohésion sociale en Guinée. Nous sommes pour le respect des droits de l’homme et la liberté de la presse », a-t-il déclaré.
Au-delà de l’aspect pédagogique, les initiateurs du projet veulent désormais structurer une veille citoyenne régionale capable d’identifier les signaux faibles, de documenter les propos à risque et de faire remonter les alertes au niveau central avant que les tensions ne dégénèrent.
Pour les Nations Unies, le choix de cibler les journalistes répond à leur place stratégique dans la circulation de l’information et dans la fabrication du débat public. Les médias, en tant que relais d’opinion, sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la réduction des messages de stigmatisation, de haine ou d’incitation à la violence.
La représentante adjointe du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Kossiwa Didi Davi, a détaillé la philosophie de cette initiative. « Cette formation a un double objectif. Le premier, compte tenu du rôle central que jouent les journalistes sur les questions de droits humains, les questions de promotion de la paix et de cohésion sociale, nous avons décidé de mieux outiller les médias sur ces questions-là, sur ces thématiques des droits humains, des discours de haine et des questions de paix. Le deuxième objectif, c’est de pouvoir mettre en place, à l’issue de cette formation, un mécanisme d’alerte précoce sur les questions de discours de haine », a-t-elle expliqué.
Selon elle, les journalistes formés auront vocation à intégrer les futurs comités de veille qui seront progressivement déployés sur toute l’étendue du territoire national. Leur mission consistera à observer, documenter et signaler les discours problématiques afin de permettre une réaction rapide des structures compétentes.
L’un des résultats attendus de cette formation est donc l’opérationnalisation de huit comités régionaux de veille citoyenne. Ces structures devraient être composées de journalistes formés aux enjeux des droits humains, de la paix et de la cohésion sociale. Elles seront chargées d’assurer une surveillance active des discours de haine, notamment dans l’espace médiatique et numérique, et de faire remonter les alertes vers les autorités ou institutions concernées.
À travers ce dispositif, les partenaires du projet veulent passer d’une logique de sensibilisation ponctuelle à un mécanisme plus durable de prévention, d’observation et de réponse rapide face aux contenus susceptibles d’alimenter la division ou la violence.
Les organisateurs précisent que le programme ne se limite pas aux seuls journalistes. À terme, il devrait toucher 105 486 personnes, parmi lesquelles des leaders d’opinion, des communicants, des décideurs ainsi que des membres des services de sécurité. L’ambition affichée est de bâtir un réseau d’acteurs capables de contribuer à la stabilité sociale par la vigilance, la pédagogie et la diffusion d’un discours responsable.
Dans leurs interventions, les représentants onusiens ont insisté sur la nécessité, pour les professionnels de l’information, d’exercer leur métier avec davantage de responsabilité dans un environnement où la viralité des contenus peut rapidement amplifier les tensions.
À travers cette session, le SPPG a également réaffirmé sa ligne de conduite sur les questions de paix sociale, de respect des droits humains et de liberté de la presse. Pour le syndicat, la lutte contre les discours de haine ne doit pas se faire au détriment des libertés fondamentales, mais plutôt dans une logique de professionnalisation des pratiques journalistiques, de renforcement de l’éthique et de protection de la cohésion nationale.
Cette formation de deux jours s’inscrit ainsi dans une séquence plus large de sensibilisation engagée depuis plusieurs mois en Guinée autour de la responsabilité des médias, de la prévention des violences verbales et de la consolidation de la paix.
Foulamory Bah pour regardguinee.org







