Un différend administratif aux enjeux financiers importants oppose actuellement les communes de Matam et de Gbessia autour du contrôle du grand marché de Dabondy, communément appelé SOCOBA, à Conakry. Ce bras de fer, né dans le sillage du récent redécoupage territorial de la capitale, porte principalement sur la gestion et le recouvrement des recettes fiscales pour l’exercice budgétaire 2026.
À l’origine de la tension, l’application des nouvelles limites communales définies par le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD). Malgré ce nouveau découpage administratif, la commune de Matam continue de revendiquer la tutelle sur le marché, qu’elle administre historiquement. Les autorités communales de Matam envisagent d’ailleurs le déploiement prochain de leurs agents municipaux sur le site afin de procéder au recouvrement des taxes annuelles, comme par le passé.
En face, la commune de Gbessia s’appuie sur le dernier décret de délimitation territoriale pour justifier sa revendication. Selon ses responsables, le bas-fond de Dabondy constitue désormais la frontière naturelle entre les deux collectivités, plaçant ainsi le marché SOCOBA dans le périmètre administratif de Gbessia. Une interprétation qui renforce leur position dans ce différend devenu ouvert.
Cette posture a été clairement affirmée par Mory Diakité, président de la délégation spéciale de Gbessia, qui a officiellement revendiqué la gestion du marché auprès de l’Agence guinéenne de presse (AGP). Une prise de position assumée, marquant une rupture avec l’attentisme observé jusque-là. « Nous ne nous laisserons plus faire », préviennent ses services, mettant en avant le poids économique et stratégique de ce centre de négoce majeur pour les recettes communales.
Sur le terrain, cette situation de chevauchement administratif suscite de vives inquiétudes. Les commerçants du marché, tout comme plusieurs acteurs locaux, redoutent une double imposition ou des confrontations entre agents municipaux lors des opérations de recouvrement. Un scénario qui pourrait perturber l’activité commerciale et fragiliser la cohésion sociale dans cette zone fortement fréquentée.
Face à l’impasse, de nombreuses voix appellent à une intervention rapide des autorités supérieures. Un arbitrage du Gouvernorat de Conakry est de plus en plus réclamé afin de trancher définitivement la question des limites territoriales. Pour les observateurs, seule une médiation administrative claire et formelle permettra d’éviter une escalade des tensions et de garantir une gestion apaisée de ce marché stratégique, vital pour les économies locales de Matam et de Gbessia.
Ibrahima Bah pour regardguinee.org







