La question du rapatriement des Guinéens d’Allemagne refait surface dans le débat public. En toile de fond : deux accords migratoires signés en l’espace de vingt ans entre Allemagne et Guinée, portant sur la coopération en matière de migration légale et illégale.
Un accord signé en 2018 sous Alpha Condé
L’actuel ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, s’est exprimé au journal officiel de la télévision nationale dans la soirée de ce lundi 23 février 2026, sur l’accord en vigueur, signé en 2018 sous la présidence de Alpha Condé et entré en application en 2019 en Allemagne. « C’est signé par un gouvernement qui était avant nous. C’est la continuité. Mais si nous, nous étions là, nous n’aurions pas signé. Mais ça a été signé en 2018. Avant nous, nous endossons les conséquences, mais nous tenons à ce que la dignité soit respectée », a déclaré Morissanda Kouyaté.
Cet accord, souvent qualifié de « béton » par ses détracteurs, est jugé juridiquement solide et difficile à contester devant les juridictions compétentes. Il encadre les procédures d’identification et d’expulsion des ressortissants guinéens en situation irrégulière sur le territoire allemand.
Selon les termes évoqués, l’accord devrait arriver à échéance en février 2025. Une interrogation demeure : le chef de la diplomatie guinéenne a-t-il reconduit ce texte dans sa forme originelle ou des ajustements ont-ils été introduits ?
Tensions diplomatiques et demande de suspension
La question migratoire a récemment ravivé les tensions entre Conakry et Berlin. Après le lancement du processus de rapatriement de ressortissants guinéens dans le cadre de l’accord bilatéral de 2018, le ministre des Affaires étrangères a convoqué, le lundi 23 février 2026, la représentation diplomatique allemande.
Au centre des discussions : les conditions d’exécution des expulsions et les informations faisant état de traitements jugés indignes par certains compatriotes.
Devant le diplomate allemand, le chef de la diplomatie guinéenne a tenu un discours ferme. «C’est un protocole d’accord entre la République de Guinée et le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne relatif à la coopération en matière de migration légale et illégale. C’est ici ? Vous connaissez ça ? Oui, je le connais, mais pas encore au détail, répond le diplomate. Donc, il y a ça. Et ce que le président Doumbouya fait en venant aux responsabilités, c’était de ne pas appliquer ça intégralement. Pourquoi ? Parce que nous avons dit qu’il fallait respecter la dignité de nos compatriotes. Nous respectons chaque pays, nous respectons la dignité de tous les pays, et nous voulons aussi que nos compatriotes bénéficient du respect de leur dignité. C’est pourquoi pendant ces quatre années, malgré toute la pression du gouvernement allemand et de l’Union européenne, nous avons résisté à appliquer cet accord qui est signé», a-t-il indiqué.
Selon des sources proches du dossier, la partie allemande aurait accepté de suspendre provisoirement les expulsions, le temps d’examiner les modalités concrètes de rapatriement.
Vers une commission d’enquête conjointe
Pour apaiser les tensions et clarifier la situation, une commission d’enquête conjointe devrait être mise en place. Composée de cadres des deux pays, elle devra examiner les conditions de rapatriement ainsi que l’ensemble du mécanisme prévu par l’accord.
Le chargé d’affaires de l’ambassade d’Allemagne en Guinée a, pour sa part, insisté sur le respect du cadre légal. « Il y a des cas spéciaux, des cas officiels, qui sont lancés par l’ambassade de Berlin, parce qu’en Allemagne, on a le système de justice, et en tout cas, on va respecter la loi…mais je sais qu’il y a aussi l’information, la désinformation qui circule à grande vitesse aujourd’hui, avec les médias sociaux, et c’est pour ça qu’on a des systèmes pour faire les choses de manière sûre », a-t-il déclaré.
Retour sur le précédent accord de 2005
Il convient de rappeler que le premier accord d’expulsion entre Conakry et Berlin remonte à 2005, sous la présidence de Lansana Conté.
Ce texte avait toutefois été annulé en 2006 par une juridiction de Brême, à la suite d’une forte mobilisation de la communauté guinéenne vivant en Allemagne. Cette décision judiciaire avait marqué un précédent dans la coopération migratoire entre les deux pays.
Un dossier hautement sensible
Le dossier du rapatriement des Guinéens d’Allemagne reste sensible, tant pour les autorités que pour la diaspora. Entre coopération bilatérale, obligations juridiques et exigence de respect de la dignité humaine, les autorités guinéennes affirment vouloir préserver la relation avec Berlin tout en défendant les droits de leurs ressortissants.
À l’heure où l’application et la possible reconduction de l’accord de 2018 suscitent interrogations et débats, l’opinion publique attend des clarifications officielles sur l’avenir de ce protocole et sur les garanties offertes aux Guinéens concernés.
Le débat, lui, reste ouvert.
Sékou Nesta pour regardguinee.org
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